J’ai créée une association de parents d’élèves au MAROC

Créer une association est possible au MAROC. Les textes de loi sont clairs, et il en existe d’ailleurs un nombre impressionnant (130 000 en 2016 – source).

Et pourtant. La création d’une association et sa vie dans le temps n’est pas si simple. Je raconte ici comment je suis passé de l’idée à la réalisation, les étapes administratives à suivre, les difficultés et les points de vigilance.

 

Pourquoi l’idée d’une association de parents d’élèves a germé :

L”inscription de mon enfant dans une école privée bilingue répond à un choix personnel. Le choix de l’institution à même de répondre à l’idée qu’avec ma femme je me fais d’une école moderne a pris un peu de temps, mais dans l’ensemble et au vu des échos et du marché, je pense avoir fait le bon choix.

Par contre, je me sentais démunis vis-à-vis de l’école. Pour avoir entendu parlé de beaucoup d’abus dans le secteur de l’éducation, notamment en ce qui concerne les volets pédagogie et frais (qui augmentent très vite), j’étais loin d’être rassuré avec ces 3 questions :

  1. que faire si les frais augmentent trop vite.
  2. que faire avec un 2ième enfant
  3. que faire en cas d’imprévu personnel

Après, il y a le sujet de la qualité de l’enseignement. Je ne pourrais qu’accepter ce qui était décidé par l’administration, sans recours, sans discussion possible. Il faut absolument équilibrer ce pouvoir pour ne pas me retrouver dans une situation ou l’école m’impose une décision qui ne me convient pas. Bref ne pas se retrouver prisonnier d’un système.

Ce n’est pas d’être contre cet établissement. Mais c’est d’abord pour échanger dans un cadre légal et pouvoir jouer avec un levier de négociation en cas de divergences d’opinion, plutôt que de subir sans rien dire ou de changer d’école brusquement au détriment de mon enfant.

En cas de désaccord, la meilleure réaction à mon sens reste toujours la discussion plutôt que l’arrêt de la relation. Mais pour discuter, il est nécessaire que les 2 parties aient cette volonté. Et une association légale légitimise le pouvoir de discussion

 

Les prémices de la création :

Dès les premiers mois de la vie scolaire, j’ai commencé à aborder ce sujet avec les parents que je croisais et qui me semblait ouvert à cette idée. Je n’ose pas raconter les déceptions amères que j’ai eut.

Être de bonne foi est une chose. Prendre sur son temps pour faire avancer une idée, la défendre jusqu’à sa concrétisation en est une autre. Force est de constater les points suivants :

  • Réunir des parents n’est à la base pas très aisé, même avec des moyens de type Facebook, mail, Whatsap, SMS, etc. 2 principales difficultés : attendre les réponses sur les disponibilités des uns et des autres; ensuite aligner ses disponibilités pour convenir d’une rencontre, tout en gérant les absences.
  • Lors des rencontres, tous les présents sont alignés sur la création d’une association. Étant un homme d’action (enfin je crois), je dispatche quelques taches pour enclencher une dynamique avec les participants. Rien de bien difficile : lire un document de 2-3 pages et m’appeler pour avancer, se renseigner sur la procédure de création d’une association auprès d’un ami dans l’administration et faire un retour au groupe, demander à un ami dont l’école des enfants dispose d’une APE les contacts utiles, etc.

 

Même pour des choses simples, je n’ai pas pu obtenir la dynamique souhaité, à grande vitesse ou même à allure modérée et ce malgré des relances cordiales. C’était un échec et une déception sans équivoque pour moi : se dire impliqué dans l’éducation des enfants et ne pas vouloir juste faire un effort ponctuel pour aider le groupe était incohérent pour moi, à la limite de l’hypocrisie (ça l’est toujours d’ailleurs).

J’ai tenté de faire ce travail avec 3 groupes de travail différents qui ne se connaissaient pas forcément. Même résultat. C’est à dire aucun ou presque !!!

La seule conséquence positive a été d’acquérir un peu de notoriété. C’est d’ailleurs cette notoriété qui m’a permit d’être informé d’une réunion entre la direction générale de l’école et les parents dans le cadre d’une future création de l’APE.

 

Les premières réunions de travail de l’APE

Au départ, plusieurs réunions entre des parents et la direction de cet établissement ont été menés pour identifier les parents qui vont constituer le noyau dur (bureau exécutif peut être) de cette APE, et se mettre d’accord sur les grands principes de l’association.

Une fois le premier groupe mis en place, un cycle de réunion a été mis en place avec plusieurs objectifs :

  • Fixer une date pour l’Assemblée Générale Constitutive (AGC)
  • Informer les autorités pour la tenue de l’AGC
  • Finaliser les statuts de l’association
  • Mettre en place le dispositif logistique de l’AGC (salle, accueil, etc.)
  • Penser à une organisation cible pour le bureau et les groupes de travail afin de pouvoir adresser les problématiques des parents
  • Préparer une présentation reflétant l’esprit de l’APE pour la projeter le jour de l’AGC
  • Préparer et diffuser la convocation aux parents en tenant compte des délais légaux

Plusieurs réunions intermédiaires ont été tenues, et à ce moment, une motivation extraordinaire rassemblait l’ensemble des personnes constituant le noyau dur. La mise en place des statuts par une personne spécialisée en droit et par ailleurs impliquée avec nous dans l’APE a par contre amené les premiers échanges avec des opinions divergentes sur des points de détails.

D’autres réunions ont été tenues aussi avec les parents que nous avons pu contacter pour les associer au projet. L’idée était simplement de fédérer le plus de parents pour pouvoir lancer des activités rapidement.

Je rajoute aussi dans la sauce des relations avec les parents, que ce soit en réunion ou dans les réseaux sociaux, nous avons reçu beaucoup de soutien et de support de la part des parents.

Par contre, j’ai été très surpris par l’attitude de certains parents qui se disaient œuvrer aussi pour le bien des enfants, mais qui en réalité faisait tout pour saper le moral des parents impliqués dans l’APE, que ce soit par de le diffusion de fausses informations, la perturbation des réunions, l’étalage de mauvaise foi dans les discussions de groupes Facebook. J’ai été personnellement en tant que personne odieusement calomnié, trainé dans la boue, nommément en direct ou à peine déguisé.

 

Comment la création officielle et les étapes administratives ont été lancées

L’Assemblée Générale Constitutive : il faut définir une date, informer les participants potentiels par convocation au moins 2 semaines à l’avance. Pour le cas de cette APE, nous avions demandé à l’école d’afficher la convocation et avons récupéré les photos pour les publier sur notre site web pour informer les parents.

La face caché de l’iceberg de l’AGC demande plus d’énergie :

  • finalisation des statuts,
  • invitation officielle des autorités de la collectivité locale la plus proche avec documentation,
  • choisir un logo et une identité,
  • préparation et validation d’une présentation à projeter,
  • gestion de l’évènement avec un nombre de personnes attendues impossible à anticiper (ne pas oublier une fiche de présence à faire signer)

Et je peux vous garantir que 9 personnes qui échangent autour d’une présentation de 30 slides à valider, cela fait beaucoup de discussions et de version.

Une fois celle ci clôturée, il faut ensuite passer à la suite administrative :

  • Signer et légaliser le PV de cette AGC, les statuts et la liste des membres du bureau : original + 8 copies de chaque document (ca en fait des feuilles). Ne pas oublier l’attestation de l’école qui nous autorise à utiliser le nom de l’établissement dans le nom de l’association + élection de domicile.
  • A ce titre, il convient de signaler que la direction générale a été plus que facilitatrice : permettre à l’APE d’utiliser le nom commercial + le siège social dans leur établissement. Cela montre la volonté de l’école de s’améliorer en coordination avec les parents.
  • Récupérer de chaque membre des copies de sa CIN + photos, et en faire de nouvelles copies.
  • Cette étape est entièrement à la charge du président, et cela m’a prit 2 jours pour compléter le dossier.

Une fois tous ce documents remis aux autorités de tutelle, je sors les mains dans les poches –> comprendre que je n’ai pas eut d’accusé de réception ou autre document indiquant qu’une demande a été effectuée en date du …. par M. …. dans le cadre d’une création d’une association à but non lucratif.

De toute façon, ce n’est pas encore fini : j’ai personnellement relancé le bureau de création des associations 2 fois par semaine et ce pendant une longue période (5 mois au total, entre juin et octobre). Durant ces mois, j’ai compris le système utilisé et la lenteur des certains services administratifs, malgré toute la bonne foi du service des affaires internes de la préfecture.

Étant donné qu’il s’agit d’une association classifié par leurs soins de type éducative, une copie des statuts devait être lu par le ministère de l’éducation nationale pour donner un avis formel sur la création de l’APE. Pour mon cas, c’est cette étape qui a retardé le reçu provisoire puisque le courrier de demande d’avis a été perdu dans les couloirs. Pour m’en apercevoir, j’ai dut (après m’être un peu emporté, je l’avoue) :

  1. vérifier que le courrier a bien été émis de la préfecture. Demander la date et référence du courrier au bureau d’ordre de la préfecture.
  2. contacter le bureau d’ordre de la délégation du ministère de l’éducation nationale avec la date/référence. Relancer avec des déplacements physiques plusieurs fois sans trouver la demande du ministère de l’intérieur.
  3. demander aux fonctionnaires de la préfecture de relancer la délégation de l’éducation (demander est un pléonasme puisque le ministère n’a pas à relancer et ne relance jamais les demandes émises). Récupérer le nouveau numéro de référence et la date d’émission.
  4. repartir à la délégation pour s’assurer que le courrier a bien été reçu par le bureau d’ordre. Prendre contact avec le responsable en charge des associations pour l’informer que le dossier est chez eux.
  5. relancer ce responsable pour avoir une réponse de principe, et s’assurer que la réponse officielle sera transmise rapidement
  6. Apprendre qu’il faut également que l’école transmettre un bordereau avec les statuts, le PV de l’AGC et la liste des membres du bureau à la délégation
  7. Demander à l’école de transmettre les documents
  8. Faire une réunion avec l’école pour expliquer ce que veut la délégation et parler un peu des statuts (on a juste expliquer je vous rassure, les statuts sont du ressort de l’APE uniquement)
  9. S’assurer que le bordereau est bien transmis à la délégation
  10. S’assurer que la délégation a bien reçu le bordereau et la relance de la préfecture, et va transmettre son avis à la préfecture
  11. repartir à la préfecture pour vérifier si le courrier est bien arrivé. Une fois que le courrier est arrivé, relancer les services concernés de la préfecture pour leur  demander de récupérer le courrier
  12. revenir 2 jours après pour récupérer le reçu provisoire de la création de l’APE.
  13. Prendre un café noir bien serré pour fêter cela et se donner du courage pour la suite

Tout cela a prit comme je le disais plus haut 5 mois. L’idée à la base de rendre l’APE opérationnel à la rentrée scolaire n’était plus d’actualité. Le plus dur c’est le manque de visibilité. A chaque déplacement ou discussion avec l’administration, j’avais l’impression que c’était la dernière étape, mais finalement il y a encore quelque chose.

En plus et vous le lirez plus bas, faire toutes ses démarches et avoir la pression des membres est mentalement éprouvant. Mais bon, heureusement que je fais du sport d’action et du sport d’endurance.

A date ou j’écris ces lignes, le reçu définitif n’a toujours pas été émit par la préfecture (et cela peut prendre jusqu’à 2 ans me dit-on dans les couloirs).

 

Les difficultés pour la création de l’association :

J’ai déjà abordé les difficultés administratives, donc je ne les répéterais pas. Je compte parler ici des difficultés humaines que j’ai rencontré.

Je parle ici de mon expérience et de mon vécu. Il est clair qu’il y a toujours plusieurs versions à une même histoire. Mon vécu et ce que j’ai ressenti tout au long de la relation que j’ai eut avec d’autres personnes. Le but n’est pas de raconter le détail des évènements (que j’ai d’ailleurs oublié dans la plupart des cas), mais plutôt de prendre du recul pour raconter les grandes familles de problème. Certains soucis d’ailleurs ne peuvent pas être résolus. Il faut laisser du temps au temps et passer à autre chose.

  • Beaucoup de parents souhaitent intégrer le bureau exécutif de l’APE, sans pour autant faire l’effort de travailler un peu. Juste pour le prestige, le mettre sur leur CV LinkedIn et se faire mousser devant leurs amis/famille.
  • Ceux qui ont intégré le bureau ont trop souvent essayés d’imposer leur avis sans se soucier des conséquences que cela pouvait avoir. Juste c’est leur avis qui est le plus intelligent point à la ligne. Pas la peine de chercher un consensus puisque de toute façon leur avis est le plus raisonnée, réfléchi, intelligent, et j’en passe
  • Beaucoup de réunion se passent ou d’échanges mails/whatsap où les mêmes choses sont dites et répétées. Avec le temps j’ai compris que chacun doit pouvoir émettre son avis avec ses mots et non pas adhérer à l’avis (pourtant identique) du voisin. Mon esprit d’efficacité opérationnel en a prit un grand coup, mais le travail associatif et le travail en entreprise n’ont pas grand chose à voir. Bref, vouloir entendre le son de sa voix.
  • Les expériences trop divergentes entre les personnes : entre mère au foyer, cadre en Ressources Humaines, Consultante, directrice commerciale, la palette était vaste. Ce n’est pas la diversité des personnes qui au contraire est une force, mais surtout le fait que chacun essaye de calquer ce qu’il sait et l’imposer aux autres au lieu de trouver un terrain d’entente. L’utilisation du terme “ce n’est pas professionnel” par exemple a provoqué de nombreuses discussions intenses, puisque chaque personne dans son secteur pouvait être professionnelle, mais ce qui l’est dans les télécoms ne l’est pas dans la recherche ou dans le notariat.
  • Un problème de respect aussi peut s’avérer lorsque des membres ne sont pas alignés sur une manière de faire et qu’un membre l’exprime de manière appuyé pour ne pas dire violente devant un membre moins extraverti. Cela crée des situations dangereuses. Cela peut empirer très rapidement si un autre membre intervient dans la discussion et déborder. Et donc au lieu d’avancer efficacement vers action à mettre en place, on passe 2 heures à parler et a alimenter des tensions.

Au final, il arrive souvent qu’à la fin d’une réunion mon cerveau ressemble à ca.

3 modestes conseils si vous souhaitez mettre en place une APE :

Assurez-vous du soutien de l’école en lui faisant comprendre que c’est dans son intérêt (ce qui est vrai par ailleurs). Parmi les points que vous pouvez mettre en avant : faciliter la remontée d’information pédagogique  par exemple, pouvoir sonder rapidement les parents, participer à l’organisation de certains évènements, sensibiliser les parents sur leurs responsabilités (comme payer leur frais en temps et en heure), etc.

Identifiez rapidement les personnes prêtes à s’investir en terme de charge de travail et de production. Ceux la sont à intégrer au bureau. Les autres peuvent être dans des groupes de travail et intervenir dans certaines décisions. Mais le bureau doit être assez restreint. L’Association doit tenir compte des avis de tous, avec une certaine souplesse dans la pratique. Sans être formel une certaine hiérarchie et un certain respect doivent exister. La hiérarchie se construit par le volume de travail et l’implication d’abord. Répondre aux whatsap et donner son avis (pas toujours positif) en réunion ne sont pas suffisant pour faire partie du bureau.

Communiquer le plus possible avec les parents que vous représentez. Communiquer ne veut pas dire discuter, mais les tenir au courant des actions que vous faites. La manière qui me semble le plus efficace est d’utiliser Internet. Avoir un site web en bonne et due forme est une obligation. Vous serez autonome. Après, selon les compétences des personnes, vous pouvez mettre en place des outils sur ce site web pour faire de l’emailing, poster automatiquement sur Facebook, utiliser une page et faire des Live de temps en temps, lancer un compte Instagram ou Tweeter selon votre cible bien sur. Mais dites-vous que la communication officielle doit être régulière et sous votre contrôle. Éviter les moyens de communication qui peuvent déborder comme les groupes Facebook ou Whatsap.

 

D’un point de vue chronologie des évènements, mon récit s’arrête a peu près au moment où le premier reçu a été délivré par l’administration.

Mon prochain article sera la suite : la vie de l’APE dans les premiers mois, entre les espoirs de faire avancer les choses, les réalisations à encourager ou encore  la mobilisation de certains membre (ou démobilisation d’autres)

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